Biomécanique de l’incurvation

Chloé Vic •

L’incurvation, en équitation, se définit comme l’attitude dans laquelle le corps du cheval épouse la courbe sur laquelle il évolue. La réalité est toutefois un petit peu plus complexe que cela, et c’est ce que nous allons voir cette semaine.

L’incurvation est utilisée en équitation afin d’assouplir le cheval, de lui permettre de tourner en équilibre sous la selle et de favoriser l’engagement du postérieur interne. Nous allons voir cette semaine comment cela est rendu possible par :

  • la mobilité de l’encolure
  • la rotation de la cage thoracique
  • la rotation du bassin
  • l’action des groupes musculaires impliqués

La nuque et l’encolure

L’encolure est la partie la plus mobile du rachis. Elle est la seule à pouvoir se fléchir latéralement de façon prononcée, la latéroflexion étant quasi inexistante dans le reste de la colonne vertébrale (nous y reviendrons dans les articles suivants). Grâce aux articulations atlantlo-occipitale (C0-C1) et atlanto-axiale (C1-C2), la nuque est la région de l’encolure la plus mobile. L’amplitude des mouvements de latéroflexion, flexion-extension et de rotation y est importante, permettant à la tête de bouger dans toutes les directions.

La flexion latérale de l’encolure est assurée par les muscles extenseurs et fléchisseurs qui se raccourcissent du côté concave (contraction concentrique) et s’allongent du côté convexe (contraction excentrique).

Cette amplitude de mouvement rend très facile pour le cheval le fait de plier l’encolure d’un côté et de l’autre, de tourner ou d’incliner la tête, d’abaisser ou de relever l’encolure. La vraie difficulté, pour le cavalier, est donc plutôt de développer le tact nécessaire pour pouvoir agir sur cette zone extrêmement mobile et sensible sans perturber la locomotion du cheval. Gardons également à l’esprit que le cheval s’équilibre grâce à son bloc tête-encolure, et donc que tout défaut d’équilibre aura une influence sur la position de celui-ci, et vice-versa. Par exemple, un cheval qui surcharge son antérieur gauche aura tendance à amener sa tête et son encolure à droite pour s’équilibrer et aura donc des difficultés à s’incurver à gauche.

Le tronc

Si l’encolure reste, de loin, la partie la plus mobile de la colonne vertébrale, une légère latéroflexion est possible dans le segment thoracique de T9 à T14. Les muscles Erector spinae et grand dorsal sont étirés du côté convexe, et raccourcis du côté concave. Toutefois, c’est surtout la rotation de la cage thoracique qui donne une impression d’incurvation. En effet, la cage thoracique est maintenue uniquement par des sangles musculaires et dispose donc d’une certaine liberté de mouvement entre les antérieurs. Le mouvement de rotation de la cage thoracique s’opère à chaque foulée, en fonction du poser des membres. Toutefois, lorsque le cheval est incurvé à gauche, le mouvement de rotation vers la droite de la cage thoracique est accentué, et vice-versa. C’est ce phénomène qui donne au cavalier l’impression que le cheval s’incurve autour de la jambe intérieure.

Au niveau musculaire, ce sont les abdominaux obliques internes et externes qui sont responsables de la rotation de la cage thoracique. Par exemple, dans une incurvation à droite, l’oblique externe droit et l’oblique interne gauche se contractent pour provoquer la rotation de la cage thoracique vers la gauche.

L’arrière-main

En raison de la forme et de la taille des processus transverses des vertèbres lombaires, les mouvements de latéroflexion et de rotation y sont minimes, voire inexistants. Les vertèbres qui forment le sacrum sont soudées et ne permettent donc aucun mouvement. Quant à la jonction entre les lombaires et le sacrum, elle est verrouillée par des ligaments qui ne permettent que très peu de mouvement de latéroflexion et de rotation.

Dans cette région se trouvent également deux articulations qui relient les membres postérieurs à la colonne vertébrale au niveau du sacrum : les articulations sacro-iliaques. Celles-ci permettent une rotation du bassin, qui s’effectue à chaque foulée pour permettre aux postérieurs d’avancer sous la masse tour à tour. Tout comme la rotation de la cage thoracique, le mouvement de rotation du bassin est accentué lorsque le cheval est incurvé. Par exemple :

  • lorsque le cheval est incurvé à droite, le mouvement de rotation du bassin vers la gauche est accentué
  • la hanche droite s’abaisse, permettant au postérieur droit de s’avancer sous le corps du cheval dans une légère adduction
  • Le postérieur droit, engagé sous le centre de gravité, participe à équilibrer le cheval en soutenant le poids du corps

Les principaux muscles sollicités pour la rotation du bassin et l’engagement du postérieur interne sont les adducteurs, les fléchisseurs de la hanche (tenseur du fascia lata, quadriceps fémoral) et les ilio-psoas.

Conclusion

Pour clore cette semaine sur la biomécanique de l’incurvation, voici un récapitulatif de ce qui se produit dans le corps du cheval lorsqu’il est incurvé :

  • la cage thoracique effectue une rotation vers l’extérieur
  • ce mouvement, accompagné d’une rotation du bassin, permet au postérieur interne de s’engager sous la masse et aide le cheval à s’équilibrer sur la courbe
  • du côté concave, les muscles de la chaîne dorsale (ainsi que les muscles cervicaux ventraux) sont étirés tandis qu’ils sont raccourcis côté convexe

Pour obtenir une incurvation correcte, le cavalier devra donc :

  • accompagner ou encourager la rotation de la cage thoracique grâce à une assiette déliée
  • stimuler l’engagement du postérieur intérieur à l’aide de sa jambe intérieure
  • permettre l’étirement du côté convexe en gardant sa main extérieure souple et son assiette légère
  • s’assurer, à l’aide de demi-arrêts, que le cheval est dans un équilibre lui permettant de conserver son incurvation

Les erreurs les plus fréquentes :

  • une assiette figée ou à contre-temps, qui gêne le mouvement de la cage thoracique
  • une rêne intérieure trop prépondérante, causant des déséquilibres et/ou des défenses à la main
  • une rêne extérieure trop tendue, empêchant l’allongement du côté convexe
  • une rêne extérieure trop lâche, qui ne permet pas au cavalier de gérer l’équilibre et de conduire les épaules avec précision
  • une jambe intérieure agissant principalement avec le mollet, causant un déséquilibre pour le cavalier et gênant le mouvement de la cage thoracique et du postérieur interne (c’est toute la jambe, depuis la pointe de la hanche, qui accompagne et stimule le mouvement)

Sources 

Biomécanique et Gymnastique du Cheval, Pr Jean-Marie Denoix
Biomécanique du Cheval, Ostéopathie et Rééducation Equestre, Dr Pierre Pradier, Dr Marie-Odile Sautel
Level 5 certificate in Equine Biomechanics, The Open College of Equine Studies (TOCES)

Et merci à Raya, notre mannequin préféré !

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