Les lames du ligament nuchal

Tasmin Roberts, Chloé Vic

« Les exemples anciens de littérature représentant l’anatomie équine étaient des illustrations stylisées, qui dépeignaient des images avenantes des structures anatomiques.

Cette étude montre que la littérature équine moderne reflète souvent ces croquis désuets et notamment les description et la représentation des lames du ligament nuchal et ses insertions qui vont de la 2ème à la 7ème vertèbre cervicale. Lors de la dissection de 35 chevaux sans race, âge ou lien de parenté, il a été noté que les LLN (lames du ligament nuchal) n’étaient pas reliées à la 6ème et 7ème cervicales.

De plus, l’attache de la LLN sur la 5ème cervicale était fine et faible sur 9 de ces chevaux, et des fibres incomplètes ont été notées sur les attaches caudales de 15 chevaux.

Ces variations ne correspondent pas à ces vieilles illustrations, ni à la majorité des représentations dans les publications modernes sur l’anatomie équine. Cette nouvelle information sur les LLN a des implications fonctionnelles et cliniques, en particulier sur la manière dont nous comprenons actuellement les propriétés posturales et locomotrices de l’encolure et de la charnière cervico-thoracique du cheval. »

Conséquences envisageables des lames manquantes du ligament nuchal

L’autre jour je vous racontais une des découvertes de Sharon-May Davis (elle est incroyable cette dame), à savoir que sur 35 chevaux disséqués, il leur manquait tous des lames (ou lamelles, ou LLN) qui relient le ligament nuchal aux cervicales.

Depuis, Sharon-May Davis a approfondi ses recherches (merci à Chloé qui m’a retrouvé la publication scientifique !). Cette fois ci ce sont 98 chevaux qui ont été disséqués, et les résultats sont passionnants (enfin si vous ne craignez pas les histoires un peu gores). En très résumé (la publication est longue et dense à traduire, et j’ai rdv chez le dentiste) :

  • Sur 98 chevaux disséqués, les seuls à présenter des attaches de LLN sur toutes les cervicales étaient les ânes et les chevaux primitifs (poke les Konik de Mylène, et qui sait, les Skyros ?).
  • L’une des raisons probables pour la disparition de ces LLN est la domestication.
  • Le rôle des LLN étant de soutenir et stabiliser l’encolure, cette absence pourrait avoir comme conséquence une instabilité au niveau de C6 et C7. Ceci pourrait expliquer la plus grande mobilité de la base de l’encolure, alors que le haut de l’encolure est plus fixe. De plus, les études ont démontré que l’arthrose des cervicales basses est de plus en plus fréquente, ce qui n’est pas le cas des cervicales hautes. Ceci peut entraîner des boiteries, ainsi que des baisses de performance inexpliquées (voire des soucis dits « comportementaux », et ça c’est mon expérience qui parle !).

Pour terminer, Sharon-May dit que des études additionnelles qui explorent la biomécanique de l’encolure avec des représentations anatomiques correctes ça serait cool. Ca permettrait de concevoir des systèmes de soutien qui aideraient l’entrainement et le travail du cheval. Elle dit aussi (très poliment) que ça serait cool si des représentations anatomiques correctes pouvaient être publiées à partir de maintenant, ça éviterait « de la confusion » (poke les écoles d’ostéopathie). De toute manière, ça assurerait une compréhension plus précise des structures et de leur charge.

Tasmin vous a récemment parlé des lames du ligament nucal manquantes sur C6-C7. Voici quelques précisions sur ce que cela pourrait impliquer au niveau du travail de nos chevaux.

L’absence de soutien du ligament nucal au niveau des deux dernières vertèbres cervicales entraîne probablement une mobilité accrue de la base de l’encolure, ainsi qu’au niveau de la charnière cervico-thoracique (jonction entre la septième cervicale et la première thoracique). Cette mobilité accrue peut engendrer une instabilité néfaste chez un cheval dont les muscles qui soutiennent la base de l’encolure sont trop peu développés. On compte parmi ces muscles le Scalène, le Longissimus, le Spinalis et le Dentelé Ventral. Une sangle thoracique tonique est également indispensable au soutien de la charnière cervico-thoracique.

Je ne peux pas vous donner de recette universelle pour développer correctement la musculature de votre cheval. Il m’est également impossible de vous donner une méthode de travail dans un simple article, d’autant que chaque cheval a des spécificités qui nécessitent des adaptations subtiles dans la manière dont on aborde les exercices. Je peux, en revanche, vous proposer quelques pistes de réflexions.

  • Chercher à « arrondir », relever ou abaisser l’encolure à tout prix n’est pas la solution. Il est primordial de se concentrer sur l’équilibre, la tonicité de la sangle thoracique et des abdominaux, la mobilité du dos et la locomotion générale.
  • On confond trop souvent rythme, activité et précipitation. Un cheval qui n’est pas suffisamment gainé au niveau de la sangle thoracique ne pourra pas travailler dans un rythme soutenu sans basculer sur les épaules. Travailler d’abord au pas, dans une certaine forme de lenteur, est le plus souvent indispensable.
  • Les exercices qui incitent le cheval à s’équilibrer de lui-même sont bénéfiques s’ils sont amenés progressivement et avec tact. Tous les exercices de dressage en font partie lorsqu’on a appris quand, comment et pourquoi les réaliser.
  • Il vaut mieux éviter de désengager des postérieurs à outrance. Pour pivoter autour des épaules, le cheval est obligé de les surcharger, ce qui peut vite devenir contre-productif si on le lui demande trop souvent et trop longtemps.
  • Enfin, voici quelques ressources si vous souhaitez acquérir plus de connaissances et aiguiser votre regard :
  • Les livres de Gillian Higgins sont un très bon point de départ, ils sont bien faits, bien illustrés et accessibles même si on a peu de bases en anatomie.
  • Biomécanique et Gymnastique du Cheval, de Jean-Marie Denoix. Plus technique, il explique extrêmement bien les principales actions musculaires impliquées dans les allures, les mouvements de dressage et le saut d’obstacle.
  • Anatomie du cheval à colorier, de Maggie Raynor, qui constitue une bonne ressources pour améliorer ses connaissances en anatomie, ni trop technique, ni trop simplifiée.
  • La plateforme Equitopia (en anglais) propose de nombreux articles et cours vidéos sur plein de sujets, dont la biomécanique et le travail du cheval.

Source : traduction d’un extrait d’article paru dans le Journal of Equine Veterinary Science en septembre 2014, « Variations et implications de l’anatomie générale du ligament nuchal », par Sharon May-Davis et Janeen Keine
May-Davis S, et al., The Disappearing Lamellae: Implications of New Findings in the Family Equidae Suggest the Loss of Nuchal Ligament Lamellae on C6 and C7 Occurred After Domestication, Journal of Equine Veterinary Science (2018), https://doi.org/ 10.1016/j.jevs.2018.03.015
http://www.equinestudies.nl/…/The-Dilemma-of-the-Absent…

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