Le conflit de motivation

Clio Marshall

Vous connaissez ce sentiment bien particulier, lors de ce premier rencard auquel vous avez vraiment envie d’aller mais qui vous angoisse profondément ? Ou lorsque vous renouez avec un très bon ami perdu de vue il y a quelques années ? Ou encore lorsque vous retrouvez toute la bande de copains après un long voyage ? Vous êtes contente, excitée, vous avez mis un bon moment à choisir votre tenue et là, dans le métro, vous avez dix pensées à la seconde. « Et si on a plus rien à se dire ? » « Qu’est-ce que je fais si elle est moche ? » « Est-ce qu’ils vont trouver que j’ai changé ? » « Et si je ne le fais plus rire ? » « Est-ce que mon ex sera là ? »
Alors en arrivant, vous avez déjà fumé douze clopes, votre ongle de pouce a disparu, vous vous approchez pour faire la bise, à gauche, merde, à droite, « oh pardon », vous êtes rouge fluo et la voix un peu tremblante, vous attrapez le serveur pour commander une grosse pinte. « Et merde, j’ai dit une grosse pinte, la honte, pour qui il va me prendre ? » Vous êtes là, en face de cet ami merveilleux qui vous raconte sa vie fantastique, et la votre vous paraît d’un coup bien insipide. Alors vous en rajoutez un peu, vous romancez certains passages, vous vous lancez dans un récit qui vous échappe et ça se sent. Vous parlez beaucoup, vous riez fort, vous vous entendez dire des choses que vous n’auriez jamais dites en temps normal. Et puis, après encore sept cigarettes, un demi et trois passages aux toilettes, ça se pose. Vous retrouvez votre vieil ami exactement comme vous l’aviez laissé, vous n’avez plus rien à prouver à personne, vous commencez à trouver (ou retrouver) votre place dans cette relation, aussi éphémère soit-elle. Alors seulement, vous pouvez envisager de ranger votre paquet de clopes, descendre d’un octave, poser vos mains sur la table et souffler un coup.
Ce sentiment, c’est un mélange d’excitation et d’angoisse, d’envie et de peur. Ce sentiment partagé crée un conflit en vous, qu’on appelle un conflit de motivation. Et toutes ces petites choses que vous mettez en place, vous ronger les ongles, vous toucher les cheveux, fumer, boire, gigoter du pied, ce sont des comportements de substitution.

Les relations ne sont pas blanches ou noires. Elles se construisent de vécu, de joie, de drames et d’excuses, mais aussi de contextes, d’humeurs et de besoins à un instant T. Elles ne sont pas figées, elles s’entretiennent et se déchirent, elles se regrettent et se retrouvent. Les relations peuvent créer des conflits de motivation. Et les relations inter-espèces ne font pas exception, bien au contraire. Notre simple présence ou proximité peut engendrer un conflit de motivation chez le cheval, tout comme une incohérence au niveau des techniques de travail.
Un conflit de motivation, ça se règle. Mais pour ça, il faut d’abord les reconnaître et interpréter correctement les signaux d’apaisement et les comportements de substitution ou de distanciation qu’ils peuvent engendrer. Ensuite, reste à trouver la source du conflit.

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