L’amour ne se mange pas

Élisa Téton •

Ou peut être que si. Mais en tout cas pas que. Et c’est ce « pas que » qui est important ici. Vous allez voir.

On a tendance à associer amour et nourriture. Quand je dis « on », je parle des humains (à minima). Et quand je dis tendance, c’est pas juste pour dire un truc en l’air, mais plutôt ça a l’air pas mal prouvé. De différentes manières.

D’une part, dans le développement du petit enfant. Le cadre, l’équilibre autour du nourrissage constituent les premiers éléments de la relation de l’enfant avec ses donneurs de soin. Ceci va fortement influencer la construction psychique de l’individu, dont sa gestion émotionnelle et affective. La relation à l’autre, aux autres, à l’affectif et à la nourriture sont intimement liés.

D’autre part, dans le rapport de l’individu à lui-même. Les troubles alimentaires sont fortement corrélés aux troubles affectifs. Du cliché de l’orgie de glace au chocolat devant la télé après une rupture, à l’expression « vivre d’amour et d’eau fraîche », dans notre esprit l’absorption de nourriture est facilement dépendante de l’état affectif de la personne.

Chez les chevaux, un des premiers apprentissages du poulain est de suivre sa mère. Celle-ci interrompt la tétée et fait quelques pas pour inciter son poulain à la suivre. La nourriture joue un rôle fondamentale dans la survie, mais aussi dans la création du lien jument/poulain.

Ainsi, nous, humains, avons facilement tendance à nourrir pour montrer notre amour ou être aimé. Nourrir nos congénères, mais aussi nos animaux. C’est d’ailleurs une fonction du cheval utilisée en équicie : quel bonheur d’emmener brouter, d’offrir un carotte ou de participer à la distribution du grain !

Sauf que… comme souvent, tout va bien tant que ça n’est pas systématique. Car qui dit systématique, une carotte, un bonbon ou une ration à chacune de vos apparitions, dit normalisation. Ce qui devait être un petit cadeau d’amour devient une évidence, puis un dû. Ayant pris pour acquis l’apparition de nourriture quand il vous voit, le cheval peut se sentir roulé si vous venez les poches vides… enfin, il va ressentir de la frustration car on le prive de quelque chose dont il a l’habitude. Et commencer votre interaction par de la frustration, c’est l’inverse de lui apporter de l’amour. Le risque, c’est d’abimer la relation, le cheval associant votre apparition à un ressenti négatif.

Souvent, lors d’un bilan relationnel, la question vient : « Oui mais moi je veux lui montrer que je l’aime ! Comment je fais alors ?! »

Ça, pas de soucis, c’est super ! Mais il y a beaucoup d’autres choses à faire avec son cheval pour construire une relation affective : passer du temps avec lui sans rien faire d’autre qu’être présente, partager ses activités, lui faire des grattouilles, le stimuler intellectuellement…

Élargissez votre palette de preuves d’amour, votre relation n’en sera que plus colorée !

Pepper et Litho, Chevaux de Skyros, et Mylène

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